En 2005, Bernard avait mené une campagne multimédias en faveur du Traité de constitution européenne.
A peine Guetta a-t-il posé ses fesses granuleuses sur l’auguste fauteuil qui accueillit celles de Jean Daniel que les Fatals Flatteurs l’interpellent sur l’élection européenne.
Extraits.
Question de Natacha : Bonjour Bernard Guetta. Je suis accro à vos belles et instructives chroniques matinales sur France Inter depuis la seconde. Comment expliquez-vous l’indifférence des gens pour les élections européennes ?
Réponse : Suite de la première réponse : les institutions européennes ne sont pas encore maîtrisées par les électeurs. Beaucoup d’entre eux ne s’y retrouvent pas. Beaucoup d’entre eux reprochent, surtout, à "l’Europe" des politiques qui sont en fait décidées par les gouvernements nationaux. Il y a une interrogation sur les finalités de l’Union. C’est une vraie crise. On est en plein dedans et on n’en est pas encore sorti.
Question de Marc : Votre présence sur le site du Nouvel Obs est-elle un prélude à votre grand retour dans ce journal auquel vous avez donné, il y a quelques années, le goût de l’enquête et de la réflexion ?
Réponse : Vous me faites extrêmement plaisir. Je vous remercie de ce que vous dites mais, non, il n’est aucunement question que je revienne à l’Observateur bien que j’y ai conservé - la preuve en est... - de nombreux amis.
Question de Ludivine : Salut Bernard ! J’adore prendre mon petit déj’ en vous écoutant sur Inter car vous me rendez intelligente et donc encore plus belle. Alors mon rêve de vous voir remplacer Nicolas Demorand à la tête du 7/10 va t-il se réaliser ?
Réponse : Et pourquoi voudriez-vous que je fasse un métier qui n’est pas le mien, que je ne saurais pas faire, alors que Nicolas le fait si bien ? J’aime faire cette chronique et, tant qu’on ne me vire pas, j’y reste.
Question de René : Vous êtes un pédagogue de la modernité. Quel livre me conseillez-vous sur les liens entre la construction européenne et la culture de la paix ?
Réponse : Là, je sèche. Il y en a sûrement mais je ne les ai pas en tête. J’en profite pourtant pour vous donner un conseil : procurez-vous le Dictionnaire de Géopolitique d’Yves Lacoste. Je ne connais rien de plus riche et de plus passionnant.
Question de Béatrice : Merci pour vos analyses modérément optimistes et néanmoins réalistes. Réconfortant par les temps qui courent ... Pourquoi n’écrivez-vous pas plus souvent dans Libération afin de nous montrer les enjeux du monde contemporain et notamment ceux des élections européennes ?
Réponse : Parce qu’on ne me le demande pas.
Question de Marie-Charlotte : Vous êtes aussi le perspicace Bernard Guetta qui écrit dans Libé ?
Réponse : Je ne peux pas le nier.
Question de Garance : J’espère que ma question ne va pas vous choquer. L’absence d’intérêt des électeurs pour l’Europe ne vient-il pas du fait que la plupart des gens qui parlent et incarnent l’Europe n’ont pas une voix aussi sexy que la votre ?
Réponse : Je vais me démultiplier...
Question de Marielle : Vienne, Pologne, Washington, Moscou, Paris. Votre vie se confond avec le monde, et justement, votre vision panoramique ne gagnerait-elle pas à être diffusée pour que les citoyens comprennent mieux l’importance et l’urgence d’une construction européenne maîtrisée ?
Réponse : Si je parle encore plus souvent de l’Europe, même ma femme et mes fils m’étranglent.
Question de Hervé : Bernard Guetta je vous déteste amicalement car ma femme ne rate pas une de vos chroniques (elle préfère rater le bus pour vous entendre) et il ne se passe pas un repas sans qu’elle me contredise en vous citant. Mais je dois vous reconnaître un réel talent pour nous éclaircir les idées. Alors je vous demande pourquoi depuis 30 ans le taux de participation aux européennes baisse régulièrement ?
Réponse : Mes meilleures salutations à Madame votre épouse... Un homme qui a une femme d’aussi bon goût ne peut qu’être parfait. Bon... Plus sérieusement, l’Europe déçoit car elle est en même temps un projet magnifique auquel peu de personnes sont insensibles depuis Victor Hugo et une longue construction, complexe, difficile, demandant le consensus si ce n’est l’unanimité de pays à la fois très proches et très différents par leur histoire et leurs traditions politiques. A la fin, peu de gens y comprennent quelque chose. Très peu de gens admettent que les choses aillent si lentement, dans tant de byzantinisme, alors que, si l’on regarde la réalité, tout cela est allé extrêmement vite. Un demi siècle, à l’échelle de l’histoire, ce n’est rien, surtout pour arriver à des institutions communes qui, malgré tout, fonctionnent, une monnaie commune qui est une formidable réussite et, déjà, des convergences de politique étrangère et une aspiration à l’harmonisation des politiques économiques et sociales qui monte. De ce point de vue, la crise actuelle est un accélérateur. Avant elle, Nicolas Sarkozy n’aurait pas été un avocat si impérieux de la "gouvernance économique".
Question de Jennifer : Vous êtes le dad du trop cool DJ David Guetta ? Et si oui vous êtes ok pour que j’épouse votre fils ?
Réponse : Je ne suis pas son père, je ne suis que son frère.
Question de Sophie : Il me semble que la compréhension de ce qui se passe nécessite la lecture de l’éditorial- évènement de Jean Daniel consacré à son déjeuner avec Sarkozy : on y lit en creux ce qui organise la vie publique. Partagez-vous mon point de vue ?
Réponse : Je ne l’ai malheureusement pas encore lu. Mais ne le lui dites pas - je passerais un mauvais quart d’heure.
Question de Lena : L’union européenne n’est-elle pas victime d’un odieux amalgame qu’a dénoncé le journal Le Plan B (le journal favori de Nicolas Demorand) : "A bas l’Union européenne ; A bas le IVe Reich" ?
Réponse : C’est tellement accablant que... passons.
Question de Lison : Allez-vous écrire le grand roman de l’Europe que nous attendons de vous depuis des années ?
Réponse : Ne me torturez pas.
Question de Jean-Luc : Vous êtes membre du conseil de surveillance de Libération. Vous devez adorer quand le 7/10 de France Inter invite un autre membre du conseil de surveillance de Libération qui s’appelle Bernard-Henri Levy ?
Réponse : Ça dépend de ce qu’il dit.
Question de internaute : Bonjour, que pensez-vous de l’intervention de Jean-Luc Hees en direct sur Inter, sans qu’il ait été invité.
Réponse : Elle ne m’a aucunement choqué. Il n’est pas venu arracher le micro à qui que ce soit mais simplement dire à l’invité qu’il se trompait et que lui, JLH, serait toujours là pour lui garantir sa liberté d’expression. Je trouve ça plutôt bien. […] Je connais Jean-Luc Hees depuis 25 ans et, jusqu’à preuve du contraire, je ne laisserai personne dire que c’est un homme aux ordres, un censeur ou un incompétent. Il me semble qu’en le nommant, Nicolas Sarkozy a précisément voulu désarmer les critiques légitimes faites à sa "réforme".
Question de Oui Oui : Hees, Val, Demorand : Radio France cumule les laisses d’or du journal Le Plan B. A votre avis, qui est la prochaine laisse d’or ?
Réponse : Je déteste Le Plan B, leurs laisses et leur petitesse. Désolé de terminer sur cette note mais je n’ai pas l’habitude de cacher ce que je pense. Merci à tous et à bientôt, Guetta.
