A. On m’appelle l’eunuque de la Maison ronde et ma voix de crécelle exaspère chaque matin des millions d’auditeurs. Certains osent prétendre que je brais comme un âne. J’ai toujours redouté qu’ils viennent me le dire en face. Que ferais-je dans ce cas ? Quand en 2004, Laure Adler, mon ancienne patronne de France Culture, a viré mon collègue Benasayag, je n’ai rien dit. Quand mon nouveau patron, Philippe Val, a viré mon collègue Frédéric Pommier, je n’ai rien dit. C’est ça, l’impertinence. Je ne dit merci qu’à mes invités permanents, dont je suis aussi l’attaché de presse : BHL, Daniel Cohen, Pierre Rosanvallon... Avant qu’ils n’aient eu le temps de sécher du matin, je pourrai bientôt les lécher l’après-midi dans ma nouvelle émission de France 5. Qui suis-je ? [1]
B. Je suis l’homme de gauche des débats organisés par Philippe Meyer sur France Culture. Pourquoi ? Parce que « je suis passé du trotskysme à l’économie de marché sans perdre mes repères ». Comme Edwy Plenel. Comme Edwy aussi, j’ai courtisé les hommes de droite ; lui, Villepin, moi Sarkozy. J’ai servi Messier à Vivendi, puis Pinault à la Fnac. Mais toujours en restant de gauche : Messier ne porte presque jamais de cravate, la Fnac oeuvre pour la démocratisation de la culture. Certes, j’ai écrit un livre avec Nicolas Baverez sur L’impuissance publique. Mais mon second Nicolas préféré n’est pas si à droite que ça, et moi je dirige un hebdo que les publicitaires classent à gauche Le Nouvel Observateur. Je joue au golf, je suis copain de Martin Hirsch, de Carla Bruni et de Philippe Val. Récemment, j’ai beaucoup encouragé Sarkozy à faire voter la loi Hadopi. Qui suis-je ? [2]
C. Je suis une femme de gauche amie de Nicolas Sarkozy qui vient souvent dîner chez moi et chez mon compagnon Bernard. J’adore l’Europe et j’ai une passion pour Jean-Claude Trichet. Il y a plus de vingt ans, j’ai fait partie avec Etienne Mougeotte de la dream team de Jean-Luc Lagardère qui cherchait à acheter TF1. Jean-Luc a alors résumé mon identité mieux que je ne saurais le faire : « Elle représente à mes yeux ce qu’un journaliste doit être avec dignité, avec réserve, avec professionnalisme, indépendamment de toute influence de quelque ordre, particulièrement politique. » C’est donc sans profiter de l’ « influence » de mon compagnon ministre des affaires étrangères que j’ai hérité de TV5 et de RFI qui dépendent du Quai d’Orsay. Avant j’adorais animer des « ménages » pour des membres du Medef. Cela me rapportait 18 000 euros la demi-journée. Qui suis-je ? [3]
D. J’ai tout de suite compris que ma voix aux sonorités basques permettrait aux auditeurs de me distinguer. C’est essentiel car, pour le reste, je régurgite moi aussi les tracts de l’UMP. Jean-Luc Hees, qui m’avait recruté à France Inter il y a quelques années, m’a qualifié de « summum de l’impertinence ». Mais j’ai filé sur RTL où la paie est meilleure. Chaque matin, j’interroge mes invités juste après qu’eux et moi nous sommes régalés des éditos acerbes d’Alain Duhamel. A mon avis, « Serge Dassault écrit ce que beaucoup de gens pensent. » Il pense en tout cas, comme je l’ai écrit sur mon blog, que « l’impôt sur la fortune relève de la crétinerie politique la plus absolue. » Qui suis-je ? [4]
