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ÉCOLE

La loterie pipée de « l'égalité des chances »

Décidément heureux de se dandiner en public, Gilles de Robien inaugurait le 6 février dernier le collège « ambition réussite » d'Étouvie à Amiens. « On a été reçus par un de ses conseillers techniques, raconte Anne-Claude Fustier, prof de lettres et militante Sud Éducation. Sous forme de confidence, il nous a expliqué ce qu'il entendait par “ambition réussite”. L'objectif, c'est de repérer dès le collège les meilleurs éléments pour les extraire et les inscrire dans les meilleurs lycées. Cela afin qu'ils intègrent les écoles prestigieuses, les classes préparatoires. Il se fout complètement de nous en faisant croire qu'un gamin d'Étouvie aura un jour la chance d'entrer à Normale sup. Ça fait trente ans qu'aucun élève issu des classes prépa à Amiens n'est entré à Normale... »
Voilà qui répond à la « priorité » de l'année (après la sécurité routière, le handicap et le cancer) : « la promotion de l'égalité des chances ». Ainsi définie par Jacques Chirac dans ses gloses du Nouvel An : « Les meilleurs bacheliers de France doivent avoir un droit d'accès garanti aux classes préparatoires aux grandes écoles. »

 

Égalité des chances d'échec
Ces nobles vœux masquent en fait un profond renoncement : il ne s'agit plus, désormais, de mener toute une génération vers plus de savoir et d'émancipation, mais de trier une poignée d'heureux élus. Quelques lycéens de ZEP intègrent l'usine à larves de Sciences-Po ? Un Français musulman est nommé préfet ? Un Noir va présenter le journal de TF1 durant l'été ? Peu importent les « échecs » par milliers, des « galères » par millions et la « rage » à la tonne pourvu que Le Nouvel Observateur puisse illustrer son dossier « Nous les Noirs de France » avec les portraits d'une gérante de société, d'un PDG, d'une dirigeante associative, d'un trader, d'un mannequin-styliste et d'un ingénieur (13.4.06).
L'historien américain Christopher Lasch pose ainsi « le choix le plus important qu'une société ait à faire : soit élever le niveau général de compétence, d'énergie et de dévouement [...], soit simplement promouvoir un recrutement plus large des élites1. » Et il poursuit : « La perspective n'est plus en gros l'égalité des conditions sociales, mais simplement la promotion sélective des non-élites dans la classe professionnelle-managériale. » Juste une loterie, un peu pipée, où chacun aurait sa « chance ». Une bonne chance pour quelques-uns, une sur mille pour tous les autres.


Notes :

(1) Christopher Lasch, La Révolte des élites, Climats, 1996.

 
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