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Faut-il électrocuter les journalistes ?Avions aplatis et pétroliers éventrés sont les friandises savoureuses des dérégulations libérales. D'autres événements, plus discrets mais tout aussi sucrés, surviennent semaine après semaine...Quand près de 2 000 habitants de la Gironde, victimes de coupures d'électricité en ce jour de Noël 2005, voulurent savoir pourquoi ilsavaient dû réveillonner aux sandwiches, ils se retournèrent bien évidemment vers leur journal. Et quelle ne fut pas leur surprise d'apprendre que ces coupures étaient dues au « froid » et aux « vacances » : « Le froid persistant dans le département, conjugué aux fêtes de Noël, a entraîné une forte augmentation de la consommation ». Sud-Ouest (26.12.05) reprenait en cela la propagande d'EDF. L'entreprise avait envoyé au front un communiquant, Alain Carré, dont les salades furent essorées sur toutes les ondes : « Il y a un faisceau de circonstances. D'abord, vous avez pu constater comme moi que depuis plusieurs jours on vit en Gironde dans un froid persistant. Il y a les vacances de Noël donc il y a les résidences secondaires qui habituellement sont fermées qui là sont ouvertes (1) ».
Chez les réveillonneurs, les sandwiches eurent d'autant plus de mal à passer que la température extérieure ne descendait pas en dessous de moins 5 degrés – ce qui ne constitue pas franchement un record de froid pour ce département. Quant à ceux des banlieues ouvrières de Lormont, Cenon ou Floirac, ils cherchent toujours les « résidences secondaires » de leurs communes. Sur le terrain, concrètement, cela donne les coupures du 25 décembre en Gironde. Plusieurs dizaines de transformateurs vont ainsi lâcher en cette nuit de Noël, pas à cause du froid, mais parce que le matériel vétuste n'est pas remplacé faute de pièces disponibles et d'agents de maintenance en nombre suffisant. Par exemple, ces fameux transformateurs ne sont plus redimensionnés quand la demande augmente lors de la construction de nouveaux lotissements. Il faut les rentabiliser au maximum, et l'adaptation du réseau se fait au minimum.Pour toujours plus d'économies (et de caresses à ses actionnaires), EDF traque le fournisseur à prix cassés et, en attendant, a cessé de s'approvisionner chez l'ancien fabricant italien, d'où un défaut d'approvisionnement. En l'espace de quelques années, le nombre d'agences d'exploitation chargées du réseau a été divisé par deux (6 sur 11). Les équipes d'astreinte ont vu leur zone d'activité s'étendre et leurs effectifs baisser, de cinq à trois, voire deux agents. « Le libéralisme en marche », aurait pu titrer la presse du 25 décembre. Mais les médias savent parfois rester discrets. Le Figaro et Le Monde tairont les coupures de courant pour réserver plus de place àla propagande directoriale d'EDF. Comment s'en étonner ? L'annonce de l'entrée en Bourse d'EDF, en octobre 2005, avait déjà fait saliver de bonheur une majorité d'éditorialistes. « Une privatisation bien encadrée », s'enthousiasme Patrick Lamm, des Échos (24.10.05). « La chance d'EDF », claironne Jean-Michel Salvator, du Figaro (24.10.05). « Lumière », s'époumone Pascal Aubert dans La Tribune (25.10.05).Quelques semaines plus tard, la cotation en bourse provoque un orgasme général. Et une ovation aux petits porteurs. « EDF pète les plombs », s'égosille Erik Izrælewicz sur Europe 1 (18.11.05). « Engouement populaire pour EDF », hurle Jean-Yves Hollinger sur RTL (18.11.05).« Succès », clame à tout-va l'inusable Pierre Taribo de L'Est républicain (19.10.05). Quelques mois plus tôt, les mêmes avaient craché unanimement leur venin contre la résistance des militants de base de la CGT, lors du vote par le Parlement de la loi Sarkozy permettant l'entrée en Bourse d'EDF. « Méthodes illégales », persiflait Alain Duhamel sur RTL (8.6.04). « Obscurantisme syndical », grondait Yves Thréard du Figaro (9.6.04). « Immobilisme », prêchait Guillaume Goubert de La Croix (10.6.04). « On est évidemment là dans l'illégalité la plus complète », menaçait Nicolas Beytout sur Europe 1 (8.6.04). Une « illégalité » qui n'a rien à voir avec le fait de laisser des milliers d'usagers dans le noir et de mentir sur les raisons. Bien sûr, les incidents comme celui de la Gironde ne sont pas isolés.En 2004, par exemple, le directeur d'EDF du Loir-et-Cher a été licencié pour « abus de sa liberté d'expression », après avoir signalé au préfetque ses moyens en matière de maintenance du réseau avaient diminué fortement. Une fois encore, l'ensemble des médias nationaux n'en a soufflé mot. En attendant de nouvelles coupures, on a dû sabrer le champagne en ce jour de Noël à la direction d'EDF. Le froid, les vacanciers... Décidément, ces journalistes gobent n'importe quoi. Pour la prochaine panne, les responsables pensent à accuser le juge Burgaudou la grippe aviaire. On ne sait jamais. Ça peut marcher... Notes :
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