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Politique

BHL, Joffrin et Val grimpent sur les barricades

Du beau linge pour la bonne cause

Lors d’un « concert-meeting » au Zénith de Paris,la mobilisation contre l’amendement ADN a servi de prétexte à unfestival de mondanités vertueuses. Ebloui, Le Plan B a lancé des confettis sur BHL, Joffrin, Val, Bayrou, Renaud…

Le flash d’infos de LCI avait annoncé « du monde – et du beau monde ». Promesse tenue : de François Hollande à Philippe Torreton en passant par François Bayrou, Isabelle Adjani et Bertrand Delanoë, le Zénith de Paris débordait de beau linge ce dimanche 14 octobre. Difficile d’en attendre moins d’une réception organisée par SOS-Racisme, Libération et Charlie Hebdo, et parrainée par Pierre Bergé, la FNAC et Bernard-Henri Lévy. On croit d’abord à un défilé de haute couture métissée. En fait, l’événement affiche une intention plus radicale : sonner le tocsin contre l’amendement du député Mariani, introduisant l’idée d’un marquage génétique des candidats à l’immigration. Ce texte appelait effectivement une contre-attaque. Mais, parmi les 6 000 spectateurs qui ont répondu à l’appel, certains se demandent s’ils ne se sont pas trompés de soirée.


« C’est magnifique, c’est magnifique ! »

C’est le journaliste de télé Serge Moati qui anime les festivités. BHL est en confiance : une heure avant de monter sur la scène du Zénith, il était l’invité de l’émission « Ripostes », que Moati présente sur France 5. Le philosophe des marchands d’armes est flanqué de Laurent Joffrin et de Philippe Val, PDG respectifs de Libération et de Charlie, deux journaux cousins qui s’échangent publicités et contenu rédactionnel.

BHL étant actionnaire du premier et compagnon de route du second, la petite troupe n’est pas dépaysée. Jul, Cabu et Charb rivalisent à la palette graphique. Dans la salle, des pancartes « Touche pas à mon ADN » en forme de main jaune convoquent l’antiracisme bon enfant des années 1980. « Quelles que soient nos origines, quels que soient nos gènes, nous sommes là pour entrer en résistance », crie une Isabelle Adjani au bord des larmes.

Le député UMP François Goulard est follement applaudi. Le héros du jour a été ministre dans deux gouvernements – Raffarin et Villepin – qui ont multiplié les lois hostiles aux immigrés et étendu jusqu’à l’absurde le fichage ADN. Grâce à Goulard et ses amis, une pratique policière initialement réservée aux violeurs et aux tueurs – c’est du moins ainsi qu’elle fut vendue à l’opinion – s’applique désormais à tout quidam interpellé pour un simple outrage à agent ou pour aide au séjour d’un sans-papiers. « Il y a des choses qui nous dépassent, qui appartiennent à tous les Français, à tous les hommes et femmes de cette planète : ça s’appelle les droits de l’homme ! » s’égosille le « villepiniste » sous les ovations de la salle.

Et de préciser que cette manifestation n’est « pas un meeting contre le gouvernement mais contre un amendement ». Personne à la tribune ne dira le contraire. Josiane Balasko arrive en gloussant. « On va lire une partie de l’édito de Philippe Val qui est superbe, parce que tout le monde n’a pas lu Charlie Hebdo. » Elle en lit un large extrait. « Je suis d’accord, hein, je préviens : je suis entièrement d’accord. […] J’ai pas fini, j’ai pas fini… parce que c’est vachement intéressant.» Le réalisateur fait un gros plan sur Philippe Val, très ému. « C’est magnifique, c’est magnifique ! » vagit Balasko. Dans ce texte, Val explique qu’il faut « trouver les moyens de maîtriser l’immigration » mais que l’affaire de l’ADN « touche à un principe », ce qui résume la charge politique de la soirée : haro sur le chiffon rouge, mais pas un mot sur les mesures autrement plus venimeuses de la loi Hortefeux (1).

Place à la musique. Renaud grogne une chanson en faveur des taureaux et des baleines (car leur sang ressemble au nôtre).

Charitable, il s’abstiendra de chanter pour les grévistes un mois plus tard.


Le gène de la vente

Bizarrement, alors qu’ils ne cessent d’associer nationalisme et fascisme, la plupart des orateurs expriment leur  opposition à l’amendement Mariani au nom de la France, de sa mission universelle, de ses valeurs, de son histoire, etc. Pascal Bruckner, théoricien de la « complexité », n’est malheureusement pas là pour éclaircir ce paradoxe. Signataire de la pétition anti-ADN de Charlie Hebdo, il figure pourtant à la « une » du dernier numéro de l’hebdomadaire parmi d’autres noms illustres.

Sa présence au Zénith aurait ajouté un supplément de pittoresque à la soirée. En octobre 2006, le philosophe troupier avait acclamé le durcissement des lois sur l’immigration en Suisse, saluant avec lyrisme le verrouillage du droit d’asile et la quasi-interdiction de tout regroupement familial. « La Suisse montre la voie à l’Europe, c’est une question de bon sens, commençons par intégrer nos immigrés, par en faire de vrais Suisses, de vrais Français ou de vrais Espagnols, avant d’en laisser entrer d’autres », avait déclaré Bruckner au quotidien suisse Le Matin (21.10.06). Un an plus tard, au moment de rejoindre la ligue de vertu anti-ADN, ce « vrai Français » dénonçait le lobby des immigrés, à l’évidence trop influent, dans la revue La Règle du jeu : « “L’immigrationnisme” est à la fois irresponsable et criminel » et « prospère sur la disqualification de l’idée nationale en Europe. » Le monde, national ou pas, étant petit, La Règle du jeu a évidemment pour directeur...

Bernard-Henri Lévy. En clôture, Serge Moati fait revenir sur scène les violons du bal : le président de SOS-Racisme Dominique Sopo, BHL, Joffrin et Val, lequel fait alors monter Charb, Luz, Tignous et Jul, applaudis à tout rompre par BHL et Joffrin. Devant cette touchante fête de famille, le public se sent presque de trop. C’est à Joffrin que reviendra le mot de la fin. Dans un portrait consacré au patron barbichu, Le Nouvel Économiste (18.10.07) note que la soirée anti-ADN a été programmée la veille du lancement de la nouvelle formule de Libération, pour assurer un « bon tremplin médiatique [au] nouveau territoire du journal ».

Les conditions de séjour dans ce « nouveau territoire » paraissent plus draconiennes encore que celles infligées par la loi Hortefeux. Selon Joffrin, le lecteur-type de Libération est en effet « l’un des plus qualifiés de la presse quotidienne nationale, il a quarante ans, est urbain et baby-boomer. […] Il vote à 10 % pour Sarko, 10 % pour la gauche radicale, 40 % pour le PS et le reste pour Bayrou ». Et il adore BHL, qui « aide le journal en faisant des réunions avec des annonceurs potentiels ».

 

Notes :

(1) Par exemple, le passage de deux à quatre jours du délai durant lequel la police peut coffrer et renvoyer à sa guise un demandeur d’asile arrivant en France, ou encore le placement de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) sous la tutelle du ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale.

 

Le Plan B n°11 (décembre-janvier 2008)


 
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