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Médias

Les gros boulets du «  Canard enchaîné  »

mardi 10 novembre 2009 (Date de rédaction antérieure : 1er juin 2009).

Jusqu’où peut aller l’indépendance quand elle s’abreuve de mondanités ? Éléments de réponse avec l’hebdomadaire satirique du mercredi, journal sans publicités ni attaches bancaires, mais qui se dandine plus qu’il ne canarde.

Réputé pour son irrévérence à l’égard des puissants, Le Canard enchaîné ne s’est pas montré trop cruel avec le candidat à la direction de France Inter. Au 10 juin, l’hebdomadaire satirique avait réussi à ne pas moquer une seule fois l’étourdissante promotion de Philippe Val, pourtant annoncée depuis fin mars. La révolution de palais sur les ondes publiques n’a fait l’objet que d’un bref article publié à la « une » le 15 avril, évoquant la « pantalonnade » devant le CSA de Jean-Luc Hees, le nouveau patron de Radio France. Le nom de Val n’y était cité qu’en passant, sans un mot de commentaire [1]. Il s’agit là d’une performance unique dans le paysage médiatique français. De Télérama au Courrier picard en passant par Le Monde, Gala, TF1, Le Monde diplomatique ou le bulletin local de Joinville-le-Pont, aucun organe de presse n’a négligé le sacre du sergent Garcia de Hees. Aucun, à part Le Canard enchaîné.

Un ascenseur pour tartempion

De la part d’un journal indépendant qui incarne la haute noblesse du journalisme d’investigation, ce désintérêt surprend. L’intronisation à la tête d’une radio publique d’un amuseur notoirement proche de l’épouse du chef de l’État, au seul motif de son amitié avec le nouveau patron de Radio France, nommé lui-même par le président : cette intrigue florentine aurait pu donner matière à de distrayantes enquêtes. Le Canard semblait d’autant mieux placé pour les mener à bien qu’il ne compte pas que des ennemis à l’Élysée. Ses informateurs ne seraient-ils bons qu’à lui rapporter les commérages du Conseil des ministres  ? Le Plan B a souhaité poser la question à Claude Angeli, l’un des deux rédacteurs en chef du journal. « D’abord, ce n’est pas vrai qu’on n’en ait pas parlé, bougonne-t-il, il y a eu un article en “une”…

Le Plan B  : – Mais dans lequel Val était à peine mentionné. Depuis, plus rien. Vous ne trouvez pas que les nominations dans l’audiovisuel public offrent un sujet d’enquête intéressant  ?

Angeli (irrité)  : – Que ce soit clair  : on est contre toutes les nominations de ce genre qui se décident à l’Élysée, qu’il s’agisse de machin ou de tartempion. On ne va pas non plus pondre un article à chaque fois que Sarkozy fait quelque chose. Et puis Val n’est pas encore officiellement nommé.

Le Plan B  : – Il vous a beaucoup soutenu, il y a quelques mois, quand est sorti le livre de Laske et Valdiguié sur Le Canard.

Angeli  : – Ah bon  ?

Le Plan B  : – Oui, dans Charlie Hebdo…

Angeli  : – J’étais pas au courant.

Le Plan B  : – Donc il ne s’agit pas d’un renvoi d’ascenseur  ?

Angeli  : – Absolument pas. Au revoir, monsieur. »

En formulant l’hypothèse d’un renvoi d’ascenseur, Le Plan B faisait référence à la parution, en novembre dernier, d’un livre révélant des connivences embarrassantes entre Le Canard et la garde rapprochée de Nicolas Sarkozy  [2]. Selon différents témoignages recueillis par les deux auteurs de Le Vrai Canard, quelques magrets du volatile se cuisineraient en collaboration étroite avec l’Élysée. Notamment l’inepte « Journal de Carla B. », qui dépeint la première milliardaire de France sous les traits d’une ingénue un peu sotte mais au grand cœur, et surtout les potins de la page 2, traditionnellement la plus lue (lire encadré). Dans les deux cas, des proches du président – dont l’ex-ministre de l’Identité nationale Brice Hortefeux et le conseiller Pierre Charron – irrigueraient la verve satirique du Canard.

Promues par L’Express, qui en a publié les bonnes feuilles, ces révélations déclenchent une tornade dans un verre d’eau. Le directeur du Canard, Michel Gaillard, contre-attaque à la « une » de son journal (26.11.08) en faisant observer que l’éditeur de l’ouvrage, Stock, appartient au groupe Lagardère, lequel, via Paris Match, est aussi l’employeur de l’un des deux auteurs, Laurent Valdiguié (l’autre, Karl Laske, étant placardisé à Libération). Aux deux journalistes, Gaillard aurait pu conseiller d’enquêter d’abord sur leurs propres journaux respectifs. Au lieu de quoi, il agite l’idée d’un complot  [3] ourdi par Lagardère, un intime du président, qui est décidément partout. Aucune réponse précise en revanche aux accusations du livre.

«  Le Canard est dans une logique clanique  : dès qu’on le critique, il vous met une fatwa sur la tête, clarifie Laurent Valdiguié pour Le Plan B. On sait que Le Canard, qui dispose de réseaux solides, a obtenu le retrait d’un papier sur notre bouquin dans Le Point et la déprogrammation d’un débat à la télévision. Il nous a marqués à la culotte. Mais il s’est bien gardé de nous poursuivre en diffamation, alors qu’il est très procédurier. »

Les Samaritains du Parti de la presse et de l’argent (PPA) accourent donc pour rembourrer les ailes meurtries du Canard. Même Libération, bien que Laurent Joffrin garde un chien de sa chienne à l’hebdomadaire, auprès duquel il avait quémandé des euros en mai 2006 pour renflouer son quotidien en déroute. « On n’a pas envie de crever avec vous », lui aurait sagement répondu Nicolas Brimo, l’administrateur du journal. Au lieu de tendre un chèque-déjeuner à l’infortuné barbichu, les patrons du Canard ont préféré débaucher trois de ses journalistes, Didier Hassoux, Dominique Simonnot et Jean-Michel Thénard, pourtant deuxième éditorialiste le plus bête de France, juste après Joffrin [4].

Des dents pleins le bec

Par le passé, Le Canard avait déjà plusieurs fois manqué de gentillesse à son égard. Comme dans cette brève parue le 11 mai 2005, quand Joffrin était encore directeur du Nouvel Observateur  : « Dernier prétexte à rigolade au sein du Nouvel Observateur  : l’interview de Jacques Delors, jugée trop modérée, voire gnangnan, a été réécrite par Laurent Joffrin, directeur de la rédaction de l’hebdo. Et durcie afin de pouvoir, face à la “flambée du non”, titrer à la Une (28/4), et en lettres énormes  : “Ils vous mentent  !” Un ton agressif que, selon divers confrères du “Nouvel Obs”, on a fait endosser à Delors, qui n’en demandait pas tant, et le regrette. »

Heureusement pour Joffrin, ce coup de pique n’a pas donné l’idée au Canard d’entailler plus avant l’appareil de promotion oui-ouiste. Sur le TCE comme sur beaucoup d’autres sujets, l’hebdomadaire satirique s’est muré dans une neutralité précautionneuse. « On a beaucoup critiqué les éditorialistes pour leur parti pris, ce qui est un peu vrai, mais dans l’ensemble la presse a bien fait son boulot d’information et d’explication », aurait jugé Erik Emptaz, l’autre rédacteur en chef du Canard, à propos de la propagande en faveur du « oui » [5].

Humilié mais réaliste, Joffrin a une raison impérieuse de ne pas se fâcher avec son concurrent  : Le Canard sera toujours là quand Libération aura coulé. On n’a jamais trop d’amis quand il faut penser à se recaser. D’autant que, idéologiquement, pas grand-chose ne sépare les deux publications. Joffrin va alors donner carte blanche à son chroniqueur de confiance, Daniel Schneidermann.

La copie du sous-traitant paraît le 24 novembre 2008 sous un titre joffrinien  : « Ne pas jeter Le Canard avec l’eau de la mare ». Schneidermann y concède que l’enquête de Laske et Valdiguié est « claire et solide » et que, si ce qu’ils disent « est vrai, il est évidemment très ennuyeux de voir Le Canard transformé en journal officieux de la cour ». Pour autant, le préposé à la critique raisonnable des médias ne voit pas malice dans le fait qu’un journal « indépendant » s’approvisionne chez Brice Hortefeux  : « Est-ce étonnant  ? Il faut bien que les fameuses vacheries soient racontées par un témoin de première main  ! » Non sans convoitise, le chroniqueur note que « le Canard est riche. Très riche. Le journal a accumulé un trésor de guerre de plusieurs dizaines de millions d’euros ». Mais, ajoute-t-il, « cette richesse est-elle un crime  ? » Assurément non, puisque « l’hebdo est indispensable », et même « plus nécessaire que jamais ».

Deux jours plus tard, Philippe Val conforte cette conclusion amicale. Son lieutenant, Cabu, co-actionnaire de Charlie et dessinateur du Canard, ne plaide-t-il pas à lui seul pour l’alliance sacrée ? Val admet n’avoir pas lu Le Vrai Canard, mais en a entendu parler « à la radio », ce qui lui suffit amplement pour se forger une opinion  : « Les accusations portées contre notre confrère sont proprement stupéfiantes. Ils rencontrent des hommes politiques  ? Oui, mais comment faire un journal politique sans contact avec le monde politique  ? » (Charlie Hebdo, 26.11.08). Pressé de rejoindre Carla Bruni-Sarkozy pour leur partie hebdomadaire de bataille navale, Philippe Val règle promptement leur affaire aux auteurs du livre  : « Ce n’est pas cette clique d’aigris, qui confond désormais le journalisme avec la critique des médias, qui va redorer le blason du métier. » Redorer plutôt que critiquer  : aucun doute que cette devise saura séduire le personnel de France Inter.

La défense du Canard permet à Val de légitimer un point de vue qui l’arrange, et qui soude l’ensemble du Parti de la presse et de l’argent (PPA)  : un journal politique est nécessairement un journal qui mange avec les politiques. Le Canard enchaîné n’a pourtant pas toujours été de cet avis. Son ancien directeur Roger Fressoz expliquait en 1989  : « On récuse les institutions par principe, ce qui explique au passage pourquoi on ne peut en devenir une nous-mêmes. Ce qui explique également pourquoi on refuse tout contact avec lesdites institutions  : pas de dîners en ville, pas de voyages officiels  [6]. »

Il est vrai que, depuis, les journalistes du Canard ont pris goût aux mondanités. Des cocktails fins aux boudoirs présidentiels jusqu’à la très chic Maison de l’Amérique latine, où l’hebdomadaire célèbre sa fête annuelle en présence du Tout-Paris, les « institutions » du gratin leur sont devenues familières. Le beau monde étant petit, ils s’empiffrent volontiers aux mêmes tables que Philippe Val.

Il y a un an, dans un dossier consacré au couple présidentiel, L’Express (2.4.08) racontait un déjeuner offert par Carla Bruni-Sarkozy à un journaliste du Canard, convié par le biais d’un « ami commun ». « Elle les a reçus chez elle, dans sa maison parisienne, comme deux vieux copains, indique L’Express. Sans chichis, jusque dans l’habit  : elle portait un pull-tunique sur un collant. Elle a préparé le repas, elle a servi à table, elle a papoté, elle a blagué, elle a raconté un peu l’Élysée. Sa simplicité, son naturel ont laissé le journaliste absolument sous le charme. » Le nom de ce journaliste comblé  ? Jean-Michel Thénard. Identifié par le site Internet d’« Arrêt sur images », le transfuge de Libé y fera valoir son sens de la nuance  : « Personnellement, je m’interdis les dîners avec les politiques, mais pas les déjeuners, ce n’est pas la même chose  [7]. » Au même moment, la protectrice de Val posait dans Paris Match (14.2.08) avec dans les mains un exemplaire du Canard enchaîné.

La tournée des copains

Thénard partage une autre passion avec l’ex-patron de Charlie Hebdo  : BHL. Dans un article du Canard publié le 24 octobre 2007, il assurait la « critique » de l’essayiste en Jaguar en louant « la fidélité de ses convictions » et les « bonnes questions » qu’il « ne cesse de poser à la gauche  [8] ». Ce n’était qu’une demi-surprise, la page littéraire du Canard étant devenue spongieuse à force d’absorber les torrents de lèche entrecroisés de ses rédacteurs et de leurs amis. Ainsi, quand Erik Emptaz, rédacteur en chef du Canard, évoque le dernier ouvrage de Pierre Combescot, chroniqueur au Canard, c’est pour saluer une « tragi-comédie flamboyante » écrite avec « maestria » (14.2.07). Et lorsque, trois mois plus tard, Pierre Combescot rend la politesse à Erik Emptaz, c’est pour louanger un auteur « incontrôlable » qui « aime débusquer les faux jetons et les imbéciles  [9] » (23.5.07). Chaque album du cumulard Cabu reçoit sa dose protocolaire de flatterie. Les « satiristes » du mercredi n’ont pas la dent trop dure non plus avec les têtes de gondole du PPA, comme Jacques Attali, Amélie Nothomb, Laure Adler ou Éric Fottorino, le patron du Monde. Récemment, Le Canard a encensé sur quatre colonnes les Mémoires de l’historienne balladurienne Mona Ozouf (3.6.09). Le Canard ne déteste pas non plus montrer son bec sur les plateaux de télévision. Le 28 mai 2005, par exemple, Thierry Ardisson recevait dans son « talk-show » sur France 2 Erik Emptaz, alors en tournée de promotion pour son dernier roman, La Malédiction de la Méduse. Un titre à clé  : la malédiction d’Emptaz – tout le monde en rit au Canard – tient à ce que malgré ses calembours, qui lui coûtent des nuits d’insomnie, personne n’a jamais lu jusqu’au bout son éditorial hebdomadaire, pourtant rivé à la « une ». Quelques mois plus tôt, le 23 octobre 2004, c’était Val qui paradait chez Ardisson. À nouveau, les oies de la presse «  indépendante  » se mordaient le croupion.

Dans la «  mare  » aux perroquets…

Sarkozyste, Le Canard enchaîné  ? Pour vérifier cette accusation saugrenue, Le Plan B a épluché à l’économe la fameuse page 2 de l’hebdomadaire, celle de « La mare aux canards », où les sommités du monde politique débondent leurs jalousies et leurs ragots. Le chef de l’État y figure chaque semaine en produit d’appel. Au terme de notre évaluation, effectuée sur une période allant d’octobre 2008 à juin 2009, on comprend mieux pourquoi le petit traître balladurien, qui n’hésite pas à traîner en justice le moindre badaud qui blasphème à son passage, n’a en revanche jamais porté plainte contre Le Canard. Et pourquoi aucun ministre ou conseiller à l’origine des « fuites » n’a jamais été inquiété. Prenons par exemple cet « écho » paru dans l’édition du 27 mai sous le titre « Sarko perd la tête »  : « Du Président, la semaine dernière, devant ses conseillers, cette tirade autosatisfaite sur les élections européennes  : “C’est moi qui ai boosté l’Europe pendant la présidence française. J’ai rendu l’Europe sympathique aux yeux des Français  ; avec la TVA à 5,5 % pour la restauration, j’ai montré qu’on pouvait se servir de l’Europe habilement.” Et Sarko de conclure, l’air ravi  : “C’est pour cette raison que les électeurs se foutent totalement des têtes de liste UMP. La vraie tête de liste, c’est moi, les autres sont des têtes de nœud.” Classe. »

Président et opposant

À première vue, cette évocation du chef de l’État en taulier vaniteux et méprisant ne semble pas à son avantage. La mention des « têtes de nœud » se lit néanmoins sans déplaisir. Le « conseiller » qui a livré cette fausse indiscrétion ne l’ignore pas  : auprès du lectorat du Canard, majoritairement de gauche, un président de droite qui tape sur la droite ne peut pas être foncièrement détestable. Or les invectives du président envahissent chaque semaine l’usine à petites phrases de la page 2.

À propos de son Premier ministre, par exemple  : « Fillon a compris qu’il ne fallait pas m’emmerder. Lors des six premiers mois, il a fait des déclarations à la con, mais je lui ai montré qui était le patron, et il a retenu la leçon » (7.5.09). Sur Christine Lagarde, sa ministre des Finances  : « On a les mêmes problèmes que tous les autres pays, mais en plus on a Lagarde. Dans sa tête, elle est toujours avocate d’affaires et il n’y a pas une erreur qu’elle hésite à faire » (1.10.08). Patrick Devedjian, l’homme à tout faire promu ministre de la « Relance »  ? « Je regrette déjà de l’avoir nommé. De toute manière, il fallait l’exfiltrer de l’UMP  : ça merdait trop. Je l’ai nommé à un poste délicat et sous contrôle pour voir ce qu’il donne » (10.12.08). Michèle Alliot-Marie  ? « J’en ai marre de ses conneries » (3.6.09). Au fil des semaines, Nicolas Sarkozy supplanterait presque Bayrou ou Besancenot dans la fonction de premier opposant. Cette mise en scène d’un affrontement permanent s’avère doublement utile pour le maître de l’Élysée  : elle le conforte dans sa stature d’autorité suprême tout en camouflant la cohérence de l’action menée par ses supplétifs. Au passage, le président apparaît aussi comme un fin manœuvrier. Au sujet d’Yves Jégo, son ministre des Dom-Tom, alors discrédité par les grèves en Guadeloupe, Le Canard rapporte cette menace du grand chef  : « Je ne peux pas le virer aujourd’hui pour ne pas rajouter une crise à la crise en donnant raison au LKP. Il sera débarqué au prochain remaniement » (4.3.09). Un peu plus loin, Nicolas Sarkozy confie à propos des ronds de jambe du courtisan Jack Lang  : « Lang se rode. Il aimerait devenir ambassadeur itinérant avec rang de ministre. Pourquoi pas  ? Ça ne gênerait personne, excepté Kouchner. »

Les bontés du prince

À l’occasion, Le Canard ne déteste pas dépeindre le patron en prince miséricordieux. En décembre dernier, alors qu’un membre de son gouvernement propose d’embarquer de force les sans-logis exposés vers les foyers d’urgence, le journal prête au président cette charitable pensée  : « Je ne veux pas décréter l’hébergement obligatoire, je veux qu’on les amène dans un centre, qu’on leur donne à manger, la possibilité de se laver, et qu’ensuite on leur laisse le choix. Parce que, lorsque vous avez mangé et que vous avez chaud, là vous pouvez choisir » (3.12.08). Sagesse et compassion  : cette facette méconnue de Nicolas Sarkozy se manifeste de façon éclatante dans l’affaire Edvige, ce fichier de police qui devait recenser les élus, les membres d’associations et les militants syndicaux selon leurs opinions politiques et leurs penchants sexuels. Le tollé provoqué par cette inquisition avait contraint le ministère de l’Intérieur à une prudente marche arrière. Avec à-propos, Le Canard cite alors un commentaire présidentiel digne d’un héraut des droits de l’homme  : « C’est le genre de truc qui peut nous faire basculer dans le tout-sécuritaire. Une connerie qui touche aux libertés publiques » (17.9.08). L’ancien ministre de l’Intérieur qui redoute le « tout-sécuritaire »  ? Voilà un « scoop » dont Le Canard peut regretter qu’il n’ait pas été relayé dans les revues de presse.

Plus loin, l’hebdomadaire impute la vertu du président à l’influence d’un personnage qui a « agi dans la coulisse  : Carla Bruni-Sarkozy elle-même ». Cette semaine-là, « Carla B. » aurait servi à l’équipe du Canard une double ration de tagliatelles au foie gras.

Paru dans Le Plan B n°19, juin-septembre 2009

Notes

[1] Soyons justes  : dans le numéro du 20 mai, Le Plan B a localisé une seconde allusion à l’ex-patron de Charlie Hebdo, glissée dans « L’album de la comtesse », la percutante rubrique des contrepèteries au bas de la page 7, à côté de l’ours  : « Cet amateur de Hees excite des frondeurs avec son Val assoupi, pâlot dès qu’il pense à Siné. »

[2] Le Vrai Canard, Karl Laske et Laurent Valdiguié, Stock, 2008.

[3] Seuls les ânes chauves prennent au sérieux les théories du complot. L’essayiste Philippe Corcuff, par exemple, est persuadé qu’une conspiration ourdie par Le Plan B vise à le ridiculiser, alors qu’il s’acquitte lui-même très bien de cette tâche. Voir l’article « Wikipédia souffre de calvitie » sur www.leplanb.org.

[4] Quelques heures après l’annonce d’une agression antisémite qui se révélera imaginaire, Jean-Michel Thénard, alors directeur adjoint de la rédaction de Libération, écrit  : « Antisémitisme, antisionisme, anticapitalisme sont mêlés, comme aux pires heures de l’histoire » (12.7.04). Malgré cela, Laurent Joffrin demeure « le journaliste le plus bête de France », comme en fait foi un article culte de PLPL, l’ancêtre du Plan B.

[5] Cité par Emmanuel Lemieux dans Le Krach des élites  : Enquête sur ces pouvoirs français discrédités, Bourin, Paris, 2006. L’auteur n’étant pas fiable, les « informations » ou citations qu’il donne doivent être utilisées avec beaucoup de prudence.

[6] « Un Canard atypique dans la mare des médias », Stratégies, 6.2.89. Cité dans Le Vrai Canard, p. 23-24.

[7] « Bruni tente-t-elle d’apprivoiser Le Canard  ? », www.arretsurimages.net, 3.4.08.

[8] Lire « Un canard de bain pour BHL », Le Plan B n° 11, décembre 2007.

[9] Exemples cités dans Le Vrai Canard, p. 462.