Le 19 février, Nicolas Demorand reçoit Bernard-Henri Lévy sur France Inter. C’est la septième fois en deux ans que l’animateur braillard invite le concubin d’Arielle Dombasle dans son émission du matin, ce qui ne l’empêche pas d’interpeller BHL sur son narcissisme médiatique : « Est-ce que c’est une drogue dure ? On vous voit partout ! » « Est-ce que je vous ai braqué, est-ce que je vous ai obligé ?, rétorque le « philosophe » à son attaché de presse. Vous m’avez invité parce que vous avez pensé que ce serait intéressant pour vos auditeurs. [...] Personne ne vous a obligé. »
Demorand, qui s’est admiré sur des panneaux publicitaires de plusieurs dizaines de mètres, reprend : « Je suis sûr que ça vous fait jouir de vous voir partout dans les médias. Que vous avez un rapport de jouissance presque physique et sexuel. » Le disciple de Jean-Baptiste Botul explique alors qu’il n’occupe les plateaux que pour servir l’humanité et faire partager au monde ses découvertes historiques. Il prend comme exemple Barack Obama, dont il aurait été le seul à remarquer l’éclosion lors de la convention démocrate de 2004 : « Quand il s’agit de dire qu’il y a un inconnu dans l’Illinois qui s’appelle Barack Obama et que je pense qu’il sera président des Etats-Unis, évidemment que je compte sur les médias pour le dire. »
C’en est trop pour le journaliste Thomas Legrand, ancien correspondant de RTL à New York, qui objecte à BHL que sa « découverte » de 2004 avait été signalée à l’époque par les journalistes du monde entier : « Tous mes confrères européens et français, on a tous fait ce papier assez poncif sur “mais qui est cet homme ? Sera-t-il le prochain président ?”, etc. On avait découvert ! Et puis, quatre ans après, on vous a lu et vous disiez : “J’ai découvert.” On avait tous fait le même papier. Il y a ce côté : je suis tout seul et j’ai découvert, et ça c’est un petit peu exaspérant quelquefois. »
C’est alors que Bernard-Henri Lévy ment. Il prétend que le discours d’Obama a été prononcé devant une salle vide et à une heure où lui seul n’était pas couché : « En 2004, écrire que Barack Obama était un Kennedy noir ou un Clinton Noir, on n’était pas nombreux. […] Il était minuit passé, les rangs étaient clairsemés lors de la convention démocrate. Non, non, c’était pas si évident que ça. » Or l’allocution du futur président a été prononcée à Boston à 23 h 09 et a duré dix-sept minutes. Compte tenu du décalage horaire, ce discours a donc commencé à 22 h 09 à Chicago, Dallas, Houston, Omaha ; à 21 h 09 à Denver, Salt Lake City et Santa Fe ; à 20 h 09 à Seattle, Portland, Los Angeles et San Diego. Près de deux heures avant minuit, donc, dans l’écrasante majorité du pays. Un article du Washington Post paru en août 2008 [1] établit par ailleurs que, loin d’avoir été prononcé devant des « rangs clairsemés », le discours d’Obama a eu lieu dans une salle comble de « cinq mille personnes tassées les unes contre les autres ». Ces « dix-sept minutes qui ont lancé une étoile politique » ont aussi rameuté nombre de « célébrités », qui auraient inondé d’appels « le staff d’Obama pour pouvoir assister » à l’événement. Humiliation suprême pour BHL, son nom n’est même pas cité dans la liste des « célébrités »…
Comme l’écrit l’essayiste dans De la guerre en philosophie, quelques lignes après son éloge de Botul (page 124) : « Je suis de ceux qui, pour être plus clair encore, continuent d’estimer qu’un philosophe faisant, pour une raison ou pour une autre, son deuil de la vérité, perd honneur et dignité. »
