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Médias

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lundi 11 janvier 2010

Lassés de mendier une tribune (que personne d’ailleurs ne lit plus) dans les colonnes du Monde et de Libération, les professeurs et les chercheurs ont-ils enfin accédé à l’intelligence politique des cheminots de la gare Saint-Lazare  ? Ont-ils enfin compris que la presse constitue l’un des principaux piliers de l’ordre social  ?

Le Plan B l’a presque cru en découvrant le texte d’un message électronique qu’un sociologue, Jérôme Valluy, a adressé, le 3 avril, aux journalistes du Monde – et à une infinité de listes de diffusion1. Car, cette fois, pas de prêchi-prêcha sur le dialogue mélancolique, la complexité, etc., mais une suite de proclamations presque sardones. Bien sûr, çà et là, les inévitables propos nombrilistes de tout universitaire normalement constitué (Valluy citait son dernier livre…). Mais, au-delà, des phrases (apparemment) définitives  : « Je me suis toujours interdit d’apparaître dans les mass médias classiques pour respecter le refus par ce mouvement de tout leadership personnalisé et médiatisé », expliquait Valluy au Monde. « Je n’attends, pour ma part, plus rien de votre journal […]. C’est la raison aussi pour laquelle je ne souhaite pas apparaître dans vos colonnes. » L’explication suivait  : « La Rédaction du journal  Le Monde a fait le choix politique depuis trois mois de se construire comme un adversaire résolu du mouvement universitaire. » Le message insistait en particulier sur un article titré « Les facs mobilisées voient leur image se dégrader », paru dans Le Monde (1.4.09). Et il procédait à un démontage de ce texte, (un peu) à la manière du Plan B. « Vous avez au contraire constamment réduit ce mouvement, par vos choix d’agenda et de cadrage, à des revendications corporatistes, à un conservatisme larvé de résistance à tout changement, à des réflexes irrationnels de fronde et à des contestations perpétuelles, voire à des problèmes psychologiques. » Bref, une couverture médiatique ordinaire lorsqu’il s’agit de cheminots, d’agents EDF, de dockers, etc., auxquels les universitaires n’accordent guère d’attention. Quand, en juin 2003, Le Monde plantait ses banderilles sur le dos des enseignants du secondaire en grève, Valluy publiait une tribune sur un tout autre sujet dans les colonnes du quotidien (6.6.03).

Mais, cette fois, les intérêts des chercheurs sont en jeu. Plus question de collaborer. « Le journal Le Monde a creusé, ou simplement révélé, en quelques semaines un véritable fossé entre lui et la communauté des enseignants et chercheurs. » Valluy propose à ses collègues d’exercer des mesures de rétorsion contre la presse qui ment. Et ça marche. « La charte de bonne conduite vis-à-vis du journal Le Monde et surtout le succès qu’elle rencontre ne sont que le reflet de ce phénomène dont la rédaction du journal porte seule la responsabilité », explique Valluy.

Quelles recommandations contenait donc cette « charte »  ? Celles-ci  : « Ne jamais acheter d’exemplaire papier d’une production provenant du quotidien Le Monde  ; se désabonner de tout service payant, papier ou numérique, du quotidien  ; en cas de passage sur le site web, ne jamais cliquer sur les liens commerciaux  ; ne dupliquer aucun article provenant du quotidien Le Monde dans les instruments pédagogiques  ; éviter de conseiller ces références aux élèves et étudiants  ; Éviter [sic] d’envoyer des propositions de tribunes à ce journal. »

Mais il y avait aussi la bombe de la « proposition n° 12 »  : « Soutenir systématiquement les quotidiens Libération, […] L’Humanité  ; acheter ces journaux  ; s’y abonner  ; visiter fréquemment leurs sites web  ; cliquer le plus souvent possible sur les encarts publicitaires ». Ainsi, pour combattre le libéralisme du Monde, il fallait… cliquer sur les encarts publicitaires de Libération. À croire que Valluy, gravitant autour de son propre nombril, n’a jamais appris que le quotidien de Rothschild est celui qui a le plus œuvré depuis vingt-cinq ans pour vendre le libéralisme aux Français.

Le Plan B s’est néanmoins exécuté. Sur le site de Libération, quel était l’encart publicitaire sur lequel tout bon militant devait cliquer le jour du message envoyé par Valluy  ? Une page d’accueil pour la BNP-Paribas, médaille d’or française du recours aux paradis fiscaux.

Paru dans Le Plan B n°18, avril-mai 2009