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INTERNATIONAL

Obama, le chouchou des médias

Moins d’un an avant l’élection présidentielle américaine de novembre 2008, deux candidats principaux briguent l’investiture démocrate (1) : Hillary Clinton, femme blanche soutenue par les milieux d’affaires, et Barack Obama, homme noir soutenu par… Bernard-Henri Lévy. Sénateur de l’Illinois, Obama a conquis un statut de sensation médiatique.

Au lendemain de l’annonce officielle de sa candidature à l’élection présidentielle de 2008, le sénateur Barack Obama s’en est pris directement aux médias. Accusé par la presse d’éviter les prises de position tranchées sur les sujets politiques sensibles, Obama, qui a voté contre la guerre en Irak dès le premier jour, a répliqué : « Le problème, c’est que ce n’est pas à ça que vous vous êtes intéressés jusqu’à maintenant. Vous avez beaucoup plus parlé de mon physique en maillot de bain » (Washington Post, 12.2.07). La situation n’est pas courante : d’ordinaire, les responsables politiques d’origine afroaméricaine bénéficient rarement d’un traitement médiatique favorable, surtout quand ils sont réputés de gauche. Mais Barack Obama fonctionne un peu comme le test des taches d’encre de Rorschach : les journalistes politiques voient en lui ce qu’ils ont envie de voir.
Le positionnement politique général d’Obama pourrait se résumer ainsi : « de gauche, mais surtout pas trop ». Selon un classement des sénateurs américains réalisé par VoteView.com sur la base de leurs votes, il se situe au milieu de la mêlée des sénateurs démocrates. Toutefois, quand les commentateurs décrivent ses atouts, ils ne mettent en avant que ses prises de position les plus centristes.
Éditorialiste au New York Times – et inventeur du terme « bobo » –, David Brooks explique qu’Obama « est, du point de vue conceptuel, en faveur du libre-échange. Il estime que les États-Unis n’ont d’autre choix que d’improviser un moyen de tenir, coûte que coûte, en Irak » (19.10.06). Décrivant le sénateur comme « tout le contraire d’un orthodoxe de gauche », Brooks lui reconnaît un « esprit formé à travers la mondialisation, et non pas par le SDS (2) ». En outre, poursuit Brooks, il « en appelle non pas à un État fort, mais à un État ramassé et volontaire qui favorise la mobilité sociale. Le gourou contemporain qu’il cite le plus volontiers, c’est Warren Buffett [l’industriel milliardaire qui vient d’offrir la majeure partie de sa fortune à la fondation Bill Gates] ».
Dans l’un des rares portraits critiques d’Obama, publié dans Harper’s Magazine (novembre 2006), Ken Silverstein souligne ses liens avec des bailleurs de fonds liés eux-mêmes à de grandes entreprises, ainsi que son opposition à un calendrier impératif de retrait d’Irak. Il rappelle aussi qu’en 2006 Obama a soutenu le sénateur démocrate pro-guerre Joseph Lieberman contre le candidat investi par les militants du parti, Ned Lamont. Mais même les commentateurs de gauche les plus sévères envers Obama omettent souvent les éléments de son passé politique qui contredisent son étiquette d’homme du centre. De son côté, Joe Klein, éditorialiste « ultracentriste » de Time, célèbre le sénateur de l’Illinois pour la raison suivante : « Il semble faire preuve d’une volonté  presque obsessionnelle de trouver un terrain d’accord avec la droite » (26.12.06). L’éditorialiste républicain Michael Barone imagine même qu’Obama, « en mettant l’accent sur ce que les Américains ont en commun au-delà de leurs divergences, nous propulse dans une ère moins amèrement partisane » (U.S. News & World Report, 25.12.06).

« Un pays de gens bien »

Bien sûr, de tels espoirs engendrent des déceptions. Lorsque Barack Obama et le sénateur républicain John McCain ont appuyé de s propositions de loi relatives aux règles d’éthique qui devraient s’imposer aux élus et au f inancement de leurs campagnes électorales, le collègue de Barone à U.S. News, Mort Zuckerman, a déploré qu’une polémique oppose deux sénateurs qui « représentent le meilleur espoir pour un retour du centrisme, ce consensus rationnel et non partisan qui exprime la volonté de la nation avec force et éloquence, et qui a si bien servi l’Amérique à travers les pires crises » (20.2.06). Selon VoteView, ses votes au Sénat placent le « centriste » McCain au deuxième rang des parlementaires les plus conservateurs, juste après son collègue de l’Arizona Jon Kyl…
Aux yeux des grands médias, l’ascension d’Obama donnerait une image positive des États-Unis. « Si l’Amérique le nomme en effet candidat, vote en sa faveur et finit par l’élire, ce sera un signe que nous sommes un pays de gens bien qui avons guéri nos blessures raciales », ronronne le journaliste Roger Simon au cours du talk-show « Meet the Press » de NBC (11.2.07). Armé de ce genre d’explications psychologiques, l’ultraconservateur Brit Hume, de Fox News Channel, estime que sa couleur de peau constitue un « atout » pour Obama : « De nombreuses personnes se sentiront poussées, selon moi, à voter pour lui, toutes choses étant égales par ailleurs, en partie parce qu’il est noir » (21.1.07). Quand on se souvient qu’Obama siège au sein d’un Sénat à 94 % blanc et à 1 % afro-américain, l’idée qu’être noir lui procure un avantage politique peut  sembler saugrenue. Glen Ford, de Black Agenda Report, propose une analyse plus réaliste de la séduction qu’exerce Obama sur les experts : « Il a donné aux blancs la satisfaction de pouvoir se dire que la race ne compte plus en Amérique et que tous les péchés du passé peuvent être expiés à travers l’amour que l’on porte à cet homme » (Counterspin, 17.11.06).  Mais le consensus médiatique en faveur d’Obama repose aussi sur  l’espoir qu’il saura réconcilier riches et pauvres autour d’un projet qui profitera plus aux premiers qu’aux seconds. Joe Klein, de Time, ne dit pas autre chose quand il encense ce sénateur qui « transcende la fracture raciale si facilement qu’il paraît en mesure de rassembler au-delà des autres divisions – et de répondre aux questions les plus délicates – qui minent la vie des Américains » (23.10.06).
Et puis, dans la course à la présidentielle américaine, Barack Obama dispose d’un atout maître : Bernard Henri Lévy (3). Entre deux siestes digestives dans son palace de Marrakech, le « philosophe » a confié : « Ce Clinton noir aux gestes de voyou magnifique mâtiné de King of America et dont le nom en swahili veut dire, paraît-il, “béni”, il se trouve que je le connais un peu » (Le Point, 16.11.06). Bonne chance, Barack ! Avant toi, BHL a successivement soutenu Édouard Balladur, Lionel Jospin, le Oui au référendum, Ségolène Royal, Jean-Marie Colombani et Alain Carignon…

Notes :
(1) Cet article est une traduction abrégée du texte de Peter Hart « L’Obamamania ou l’art de dire du bien d’Obama pour dire du bien des médias » publié par Extra !, mars-avril 2007, www.fair.org.
(2) [Note de la traduction sardone, NTS] Students for a Democratic Society (SDS) organisation étudiante radicale qui anima le soulèvement des campus et l’opposition à la guerre du Vietnam dans les années 1960.
(3) Ce dernier paragraphe est du Plan B.


Dossier : INTERNATIONAL
Le Plan B n°9 (août - septembre 2007)

 
 
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